Gala's blog | Témoignage : ces réfugiés qui ont changé ma vie
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Témoignage : ces réfugiés qui ont changé ma vie

Le temps de cet article, je laisse la parole à mon amie Océane qui souhaite vous parler de sa rencontre avec de jeunes réfugiés. J’ai envie d’aborder ce sujet depuis un moment car il me touche énormément mais je ne me sentais pas légitime dans ce rôle. Océane a passé une semaine avec eux et avait très envie de leur rendre hommage, l’occasion était donc toute trouvée !

Les yeux d’Elham, les poèmes d’Abdulrahman, la malice d’Arif et d’Arash, le grand cœur de Karim, le sourire de Bushra, la prestance de Laura, les chants d’Elvis, la force de Mercy, la joie de vivre de Farah, le courage de Sarah…

 

Le témoignage d’Océane : ces réfugiés qui ont changé ma vie !

 

Je suis Océane, étudiante à la faculté de traduction et d’interprétation de l’Université de Genève et l’année dernière, ma vie a changé.

J’ai rencontré de jeunes réfugiés à Genève dans le cadre des Global Refugees Youth Consultations (GRYC). Il s’agit d’un événement rassemblant des réfugiés des quatre coins de la planète. A cette occasion, ils ont mis en commun leurs idées pour proposer des solutions afin d’améliorer le sort des réfugiés. Je me suis inscrite aux GRYC pour faire du bénévolat en tant qu’interprète non-professionnelle. Au départ, je rechignais à y aller. Et jamais je n’aurais pensé que ces jeunes bouleverseraient ma vie à ce point et deviendraient mes amis. Ils m’ont touchée au plus profond de moi-même et à la fin de la semaine, la fatigue des longues journées ne m’atteignait plus car j’étais enchantée de passer autant de temps avec eux.

Je n’ai pas la prétention de parler à leur place, ni de vous raconter ce qu’ils ont fait cette semaine-là. En effet, des rapports écrits retracent parfaitement leurs actions. J’écris aujourd’hui pour inciter d’autres personnes à tendre la main aux réfugiés. J’ai compris que la connexion entre les jeunes réfugiés et les jeunes des pays d’accueil (nous !) est fondamentale. J’aimerais que l’on puisse s’unir pour les accueillir de la manière la plus honorable qui soit, au lieu de leur fermer notre porte au nez.

 

 

Mon expérience aux GRYC

 

Le premier soir, après une journée de travail, tout le monde s’est mis à chanter et à danser comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je me rappelle avoir été frappée par la joie de vivre ambiante. Déjà, j’avais changé de perspective : ce n’étaient plus « des réfugiés » mais « des jeunes ». J’ai compris ce soir là que l’important, c’est de considérer les réfugiés comme des personnes à part entière. Il ne faut pas leur coller une étiquette sur le front. Avant tout, ce sont des jeunes comme vous et moi, qui aiment rire, danser, chanter, faire la fête et « déconner ». Avant d’être « réfugiés », ils sont d’abord humains. Ils ont des capacités qui leur sont propres et des personnalités différentes.

Ces jeunes ont vécu l’enfer mais gardent constamment le sourire. Je n’ai pu m’empêcher d’être émue par leur situation. Et ce sont eux qui me réconfortaient en me prenant dans leur bras. Je n’en reviens pas de leur capacité de travail, des efforts qu’ils fournissent et de leur courage. Toute l’équipe de bénévoles s’est rapidement liée d’amitié avec eux. Cependant, nous n’avons pris connaissance de leur histoire qu’à la fin de notre bénévolat. Ca a été le moment charnière de cette semaine. C’est ce qui a fait prendre un tout autre tournant à ma vie. J’ai réalisé que ce que j’entendais tous les jours dans les médias, les traversées de la mer dans des coquilles de noix, les noyades, les passeurs, les rejets et les discriminations, les bombardements, la guerre, tout ce qui me semblait si loin, se trouvait devant moi, depuis une semaine. J’ai également réalisé que pas une seule fois je ne les avais vus pleurer, se plaindre ni même abandonner.

 

Ca pourrait être moi …

 

J’ai discuté un après-midi avec Karim, un syrien réfugié en Allemagne. Il m’a raconté son histoire, et m’a affirmé que son but ultime n’était pas de rester définitivement en Allemagne mais de pouvoir rejoindre le reste de sa famille chez lui, en Syrie. La Syrie, que je n’avais connue que sous les bombes et le chaos, était en fait un pays développé, paisible et heureux. Personne n’aurait pu imaginer que du jour au lendemain, tout deviendrait noir.

C’est à ce moment là que j’ai réalisé que demain, ça pourrait être moi. Que demain, je pourrais avoir besoin que l’on me tende la main pour m’aider à fuir la guerre. Oui, parce que ces jeunes fuient la guerre et la mort. Ils ne veulent pas partir de chez eux et tout abandonner, leur famille, leurs enfants, leurs amis, leur maison, leurs souvenirs. Mais ils n’ont pas le choix, car « chez eux », c’est le chaos. Alors, pour la première fois, je me suis mise à leur place. Je ne pourrai jamais comprendre ce qu’ils ont vécu. Je ne sais pas ce que c’est de tout abandonner sans avoir la certitude de pouvoir retrouver un jour ce que j’ai laissé derrière moi. Et j’espère ne jamais le savoir. Tous ces jeunes que j’avais devant moi depuis une semaine, eux, le savent. Ils l’ont vécu et ils sont encore debout. Ils ont encore l’envie de se battre.

Le fait de prendre conscience que ces jeunes que je côtoyais depuis peu, mais que je portais déjà dans mon cœur, avaient vécu ces choses terribles m’a anéantie. Et je me suis dis : « Mais tu le sais déjà, tu sais que des gens vivent ça tous les jours, on en parle tellement souvent ! ». Oui, je le savais, tout comme vous le savez sûrement. Mais je n’avais jamais mesuré l’ampleur de tout ça.

 

Ouvrons nos cœurs et nos frontières

 

Lorsqu’ils racontaient la façon dont ils ont été traités à leur arrivée en Europe, j’ai eu honte. Je suis une éternelle optimiste, mais cette semaine là, j’ai pris une claque. J’ai été déçue de mon pays, des représentants, des médias. La façon dont les réfugiés sont traités n’est pas humaine. Ces personnes n’ont pas le choix. Elles ne demandent qu’à être en sécurité et à rentrer chez elles. Mettons-nous à leur place : après avoir tout quitté, avoir laissé notre famille derrière nous dans un pays en guerre, après être arrivés dans un pays où nous n’avons plus aucun repère, dont nous ne connaissons pas les lois ni la langue et où nous n’avons aucun contact … N’aimerions-nous pas qu’une personne nous apporte un peu de chaleur ? La vie est fragile et à quoi rime-t-elle si nous ne pouvons la partager avec les gens qu’on aime ? J’espère que quelqu’un sera là pour nous aider si un jour la vie se retourne contre nous. J’espère que nous ne regretterons pas ces moments où nous aurions pu tendre la main et où nous ne l’avons pas fait.

Avant tout, avant d’être politisé, d’être riche ou pauvre, d’avoir du travail ou non, soyons humains.

La seule « erreur » de ces jeunes et de leurs familles est d’être nés au mauvais endroit de la Terre. Tout est une question de hasard et c’est là que se trouve la plus grande des injustices. Ça aurait pu être moi en Syrie, au Soudan, en Irak, en Afghanistan, en Colombie ou en Iran. J’ai eu la chance d’être née en France et de n’avoir jamais connu la guerre. Mais rappelons nous que personne n’est à l’abri de la connaître à nouveau (la dernière s’est achevée il y a seulement 70 ans). Personne n’est intouchable. Personne n’est invincible. Trop de gens ont tendance à l’oublier et à considérer leur sécurité infinie et acquise

Tous ont débuté leur voyage par des expériences terriblement difficiles. Pourtant ils sont là, debout, souriants, plein d’espoir pour l’avenir. Et aujourd’hui, ils sont devenus des personnes accomplies. Grâce à leur travail, ils gagnent toutes sortes de prix prestigieux. Ils étudient pour apprendre de nouvelles langues pour mieux s’intégrer. Mais surtout, ils sont tellement inspirants, et je suis fière d’avoir été témoin des changements qu’ils ont occasionnés. Ils représentent la rage de vivre, et m’ont touchée si profondément qu’ils ont changé ma vie. Nous n’avons pas le droit de les décevoir, nous n’avons pas le droit de leur fermer la porte au nez, de nous sentir supérieurs ni de les rejeter. Leur vie est un combat, et s’ils sont arrivés jusque là, c’est qu’ils ont bravé des épreuves que nous ne pouvons même pas imaginer. Alors j’aimerais que nous ne fassions pas de notre pays et de nos frontières un lieu où l’on ne respecte pas les Droits de l’Homme. J’aimerais que l’on apprenne enfin de nos erreurs passées.

 

Comment aider les réfugiés à votre échelle ?

 

Aujourd’hui, je suis marraine d’une réfugiée syrienne à l’Université de Genève. J’ai gardé contact avec beaucoup de jeunes réfugiés que j’avais rencontrés à Genève et j’essaie de travailler en collaboration avec eux, à mon échelle. J’aspire à m’investir encore plus, et je souhaiterais pouvoir mêler le métier d’interprète et la cause des réfugiés plus tard car cela me tient vraiment à cœur. Mon schéma d’avenir tout entier a été modifié grâce à eux. Je ne les remercierai jamais assez pour ça. J’espère sincèrement qu’un jour je pourrai faire quelque chose d’aussi incroyable pour eux qu’ils ne l’ont fait pour moi.

Pour aider les réfugiés, vous pouvez contacter les mairies, les associations, les collectifs, les organisations internationales et les ONG près de chez vous. Donner un peu de son temps n’est pas si compliqué … Et ce ne sera pas à sens unique car vous en ressortirez changés vous aussi, de la meilleure façon qui soit !

 

Je finirai par une citation de Maria, une participante aux GRYC qui n’était pas réfugiée, et qui résume parfaitement ce que j’ai ressenti grâce à cette expérience :

« Je ne savais rien à l’époque, mais maintenant je sais, car j’ai rencontré les meilleurs. Faire partie de cette expérience m’a fait devenir une personne complétement différente. Je ne sais pas ce qu’est la guerre, je ne sais pas ce que c’est de me réveiller un matin dans un pays que je ne connais pas, et je ne sais pas ce que ça fait de perdre toute ma famille. Mais en participant aux GRYC, j’ai appris que les jeunes et les réfugiés sont des personnes incroyablement fortes et qu’il est primordial de leur donner la parole. »

 

Et vous, est-ce un sujet qui vous touche ? Êtes vous révolté(e)s par la condition de ces réfugiés et de la façon dont on les traite en Europe ?

 

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4 Comments
  • Blue Althea

    1 février 2017 at 20 h 11 min Répondre

    Je suis totalement en accord avec toi, on doit les aidé avec ce qu’on peut, j’ai voulu donner des vêtements pour les réfugiés de Vintimille malheureusement ils recherché seulement des vêtements pour homme :/ , j’ai de la famille lointaines qui est parti de la Tunisie pendant la révolution de 2011 et ont à plus eu de nouvelles d’eux … ou emprisonnés en italie ou noyés en mer … c’est tellement malheureux pour des gens qui cherche juste à fuir la misère, c’est notre devoir de les aider et de ne plus laisser l’état les rejeter comme le fait maintenant Trump aux USA ..

  • Kate

    1 février 2017 at 22 h 53 min Répondre

    Merci pour ce témoignage.

    Nous ne devons pas oublier que les refugiés sont des êtres humains avant tout. Les frontières de notre planète ont été determinées par l’homme, mais celle-ci, en principe, appartient à tout le monde.

    Pour ce qui passe par là, je vous recommande la chanson «Là bas» de Jean-Jacques Goldman qui sonne vraiment très juste.

  • Marion

    6 février 2017 at 14 h 02 min Répondre

    Merci <3

  • Florence

    13 février 2017 at 11 h 32 min Répondre

    Quel beau témoignage et article !!! Merci, c’est super de voir ça sur ton blog également 🙂

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