Gala's blog | L’épilation : ni pour moi, ni pour les autres, mais alors pourquoi ?
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L’épilation : ni pour moi, ni pour les autres, mais alors pourquoi ?

Cette période de confinement m’a permis de réaliser une chose : je ne m’épile ni pour moi, ni pour les autres. Pas pour moi, parce que je n’y prends aucun plaisir, ça me fait mal, ça me coûte de l’argent (je vais chez l’esthéticienne pour le maillot) et ça me prend du temps. Pas pour les autres, ou en tous cas pas autant que je le pensais, parce qu’après plus d’un mois sans épilation, je me suis finalement rasé les jambes alors que je ne vois personne.

 

L’épilation, ni pour moi, ni pour les autres, mais alors pourquoi ?

 

L’épilation, j’étais convaincue et persuadée que je le faisais pour les autres. Je pensais ne plus me voiler la face par rapport à ça, comme c’était le cas avant lorsque je pensais que je le faisais pour moi, parce que j’aimais ma peau sans poils. En fait, dans les deux cas, j’avais faux, ou alors pas totalement raison. Pourquoi ai-je dégainé mon rasoir dans la salle de bain il y a quelques jours ? Pour taire ce malaise que je commençais à ressentir par rapport à mes jambes poilues. J’étais extrêmement mal à l’aise avec mes poils. Autant ça ne me pose pas de problème de sortir avec des poils de 2 mm, j’ai complètement lâché prise sur l’idée de ne pas être épilée “nickel”, autant voir mes jambes avec des poils longs, c’est différent. Et je n’en supportais plus la vue. Ca commençait presque à me dégoûter. Moi. Ca me dégoûtait moi, pas la gêne d’un éventuel regard de l’autre puisque je n’y suis pas confrontée. Pourquoi est-ce que ça m’arrive maintenant ? La météo est de plus en plus douce, je troque donc mes joggings contre des shorts et mes poils sont plus visibles. D’ordinaire, l’hiver, même si je ne m’épile pas, je ne suis pas confrontée à la vue de mes poils puisqu’ils sont cachés sous mes vêtements la plupart du temps. Et l’été, dès qu’il sont un peu trop longs, je les rase (2 ou 3x par mois en moyenne). Pendant ce confinement, c’est la toute première fois que je me retrouve confrontée à mes poils, sans le regard des autres, juste le mien. Et je suis choquée de ce que j’ai ressenti.

Alors si je ne m’épile pas pour moi, pas pour les autres, je le fais pour qui, pour quoi ?

 

 

Je m’épile parce qu’on m’a appris à détester mes poils en tant que femme. “On”, c’est les magazines, les pubs pour l’épilation, les moqueries au collège, les réactions quand on parle de “non-épilation”, la représentation de la femme en général, partout, tout le temps. “On” nous a appris que les poils sur une femme, c’est moche, c’est sale. Il faut les enlever, à tout prix. Et si on en a, il ne faut jamais les montrer, il faut les cacher. Alors à toutes les personnes qui diront, “on ne demande pas aux femmes de s’épiler, c’est un choix personnel” … Non, c’est faux. On banalise cet acte et on ne cherche même plus à prouver qu’il faut s’épiler, non, on part du principe que toutes les femmes le font : dans un article sur les dangers de l’épilation à la cire et au rasage, un célèbre magazine féminin proposait comme seule alternative l’épilation définitive. A aucun moment il n’était question de ne pas s’épiler et de laisser pousser ses poils. Personne ne nous obligerait donc à nous raser ? Pas si sûr …

 

De la honte d’avoir des poils

 

Quand je vous ai demandé, sur mon compte Instagram, quelles étaient les réflexions que l’on vous faisait parce que vous laissiez pousser vos poils, voici ce que vous m’avez partagé …

 

C’est violent n’est-ce pas ? Je ne peux pas m’empêcher de déplorer qu’on en soit arrivé là …

 

Une représentation de la femme imberbe

 

On nous a toujours, en tous cas pour ma génération, montré des femmes imberbes, qu’il s’agisse des aisselles, des jambes, du maillot ou encore des bras. C’est la norme, qu’on le veuille ou non, c’est une norme qui s’est imposée ces dernières décennies.

Peut-être que si j’avais vu plus de femmes avec des poils dans les séries, dans les films, dans les pubs … Peut-être qu’aujourd’hui je ne serais pas dégoûtée à la vue de mes poils comme c’est le cas pendant ce confinement. Peut-être que ce ne serait pas plus compliqué pour moi de voir mes jambes recouvertes de poils plutôt que de me raser, de m’épiler, de me couper, d’avoir mal. C’est plus “simple” pour moi de souffrir que de voir mes poils … En fait la question ne se posait même plus, c’était complètement intégré et normalisé, peu importe que ça fasse mal, il ne faut pas avoir de poils. Aujourd’hui, j’ai “dé-banalisé” ce geste, ça me semble important, parce que s’épiler n’est pas si anodin qu’on veut bien nous le faire croire …

Parce que l’estime de soi en pâtit. J’ai toujours complexé sur mes poils, et quand j’ai réalisé que j’en avais plus qu’avant après l’arrêt de la pilule, le complexe s’est intensifié. Heureusement, avec toutes mes lectures féministes, à force de voir des femmes avec des poils, sur les jambes, sous les bras, dépasser de leur maillot de bain, je me suis rendue compte que c’était NORMAL d’en avoir, que je n’avais pas à complexer. Et l’estime de soi a commencé à remonter. Aujourd’hui je ne complexe plus autant qu’avant, mais ça me pose toujours problème de me dire que j’ai appris à ne pas aimer mon corps au naturel.

Je dirais donc que je ne m’épile ni pour moi, ni pour les autres, mais parce que la société m’a appris, en tant que femme, à détester mon corps avec des poils, à ne pas le trouver normal lorsqu’il n’est pas épilé.

 

L’épilation, un danger pour la santé ?

 

Au delà du mal-être et de la baisse de l’estime de soi que peut provoquer chez nous l’épilation, elle met aussi en péril notre santé. Il est donc très malvenu de nous dire que notre combat, en tant que femmes ou féministes, pour laisser pousser nos poils tranquillement n’est pas important. Selon un sondage IFOP, 82% des Françaises s’épilent le maillot … C’est donc un sujet qui concerne pas mal de monde !

 

L’épilation du maillot, dangereuse ?

 

L’épilation au rasage est irritante pour la peau, sans parler de celle à la cire, cire qui est généralement composée d’ingrédients dangereux pour la santé (allergènes, perturbateurs endocriniens, substances cancérigènes …), en plus de provoquer des brûlures.

Par ailleurs, le Dr Emily Gibson, directrice du centre de recherche sur la santé de l’Université de Washington avance que “L’épilation pubienne irrite et déclenche une inflammation des follicules pileux, laissant des plaies microscopiques ouvertes (pas forcément visibles à l’oeil nu). Une épilation fréquente […] a pour effet d’entraîner une irritation régulière de la zone rasée ou épilée à la cire. Combiné à la lumière et à l’environnement humide des organes génitaux, cela devient un milieu propice à la multiplication des plus mauvaises bactéries pathogènes. Certains cliniciens constatent que les zones pubiennes et les organes génitaux fraîchement rasés sont également plus vulnérables aux infections herpétiques en raison des blessures microscopiques exposées au virus, véhiculé par la bouche ou les organes génitaux. Il peut également y avoir une vulnérabilité à la propagation d’autres IST.”*.

Attention : cela ne veut absolument pas dire que de ne pas s’épiler protège des IST.

*”The War on pubic hair must end” par Dr Emily Gibson.

Les poils sont là pour une raison bien précise, ils sont une véritable protection pour notre corps.

 

L’épilation définitive, effets secondaires et dangers

 

Difficile de trouver beaucoup d’informations sur les dangers de l’épilation au laser ou à la lumière pulsée, en dehors des brûlures que ce type d’épilation peut occasionner. Les brûlures sont d’ailleurs généralement banalisées, comme si ce n’était pas si grave puisque temporaire. Pour déjà avoir été brûlée, non pas à cause d’un appareil à épilation définitive mais par de la cire (dans un salon d’esthétique), c’est extrêmement douloureux. D’après l’ANSES, le principal problème de l’épilation définitive réside dans l’utilisation non encadrée d’appareils à lumière pulsée, par exemple, par des particuliers qui ne sont pas formés.

Mais la journaliste Rica Etienne et le Dr Jean-Louis Bohbot, co-auteur.ice.s du livre “Microbiote Vaginal” rappellent et nous conseillent fortement de ne pas nous épiler définitivement, car c’est selon eux ce qu’il y a de plus dangereux. Comme dit plus haut, les poils ont un rôle protecteur, afin d’éviter les infections de la peau, la lubrifier, permettre la migration des “bonnes bactéries” pour préserver la flore vaginale après un rapport sexuel … Par ailleurs, l’épilation au laser, peut dans certains cas perturber la lubrification de la peau en détruisant la petite glande sébacée qui en est chargée.

 

Il est donc nécessaire d’arrêter de banaliser cet acte, pour toutes les raisons évoquées dans cet article, qu’elles relèvent de l’estime de soi ou de la santé. Il est important selon moi de montrer des femmes avec des poils, pour que les nouvelles générations ne se construisent pas sur l’idée que leurs poils sont inesthétiques et sales. Que ces générations fassent réellement le choix de s’épiler ou non, qu’elles aient plusieurs repères et que la norme ne soit plus aussi étriquée mais qu’elle réside dans la diversité.

 

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5 Comments
  • Carlotta des bois

    19 avril 2020 at 20 h 41 min Répondre

    Un super article comme souvent qui permet de mettre en lumière des points auxquels je ne pensais pas… je suis moi-même épilée de manière “définitive” sur chaque zone du corps qui est considérée comme moche/écœurante si jamais elle n’est pas parfaitement lisse et sans poil. Je n’avais pas considéré les choses comme ça, j’ai toujours pensé que c’était moi qui avais une certaine aversion pour les poils mais en fait c’est bien plus complexe que ça… merci encore pour cette prise de conscience. Je tâcherai de véhiculer cet article avec le message qui va avec dans mon entourage.

  • Elodie

    20 avril 2020 at 10 h 10 min Répondre

    Merci beaucoup pour cet article, clair et instructif. J’essaie personnellement de garder mes poils pendant le confinement mais j’avoue que ça s’avère plus compliqué que prévu et je dois troquer mes débardeurs pour des t-shirts…

  • Mariona

    20 avril 2020 at 14 h 57 min Répondre

    Merci pour ton article très inspirant et très en phase avec ce que je vis en ce moment.
    Je suis plutôt poilue de base. Je m’épile plus ou moins régulièrement. Peut être un peu pour braver les attendus sociaux mais surtout pour montrer à ma fille (10 ans) que les poils ce n’est pas grave, que ça fait parti du corps, mes épilations sont plutôt espacées. Mon dernier rdv esthéticienne date de fin décembre… donc là mes poils sont bien présents! j’essaie de me persuader que c’est ok pour moi, que ce sont mes poils, mon corps, que c’est moi qui décide… mais comme tu le décris très justement ce n’est pas si simple. Bizarrement, en short ça va, mais je ne me sens pas de porter des robes, comme si poils de jambes et robe ou vêtements plus “féminins” ce n’était pas compatible… Bref, je trouve assez difficile ce rapport aux poils entre “tentative d’auto-persuasion: je fais ce que je veux avec mes poils” et malaise à leur vue lorsqu’ils sont trop nombreux ou trop longs…
    Merci encore pour tes réflexions qui alimentent les miennes et me font avancer 🙂

    • Tatiana

      20 avril 2020 at 18 h 00 min Répondre

      Pareil que toi, en short, je m’en fiche, mais en robe, je n’y arrive pas 🙂

  • Tatiana

    20 avril 2020 at 17 h 58 min Répondre

    Très bon article, merci beaucoup Gala.

    J’avais fait ce constat : je m’épile par fait culturel. Nous avons appris à aimer et à ne pas aimer certaines choses culturellement : des vêtements, en passant par la nourriture jusqu’à la déco de nos intérieurs ou certaines pratiques domestiques (je pense au bidet par exemple en ces périodes de ” ” pénurie ” ” de PQ).

    Les poils, c’est un peu comme les coupes de cheveux. Quand on voit une brune avec une mini frange et le teint un peu mat, on se dit “une ibérique”, car c’est culturellement une coupe plébiscitée par nos voisins, un peu moins chez nous. De la même façon qu’au Moyen Orient les sourcils sont épilés d’une certaine façon.

    Ce qui est dommageable, c’est que ces préférences culturelles aient un impact aussi intime et qu’il n’y ait pas d’alternative. Tu kiffes les tonsures type moine alors que la tendance est à la coupe footballeur, si t’assumes, personne n’ira te dire que t’es sale. En revanche, des poils pubiens sur une femme en maillot ou qui dépassent d’un débardeur engendreront du dégoût visible dans l’oeil des passants voir des commentaires de parfaits inconnus. C’est ça qui est grave.

    L’esthétisme du poil ou du sans poil, à la rigueur, on pourrait s’en foutre. Mais comme tu le dis très bien, on nous a appris à ne pas aimer notre corps féminin avec des poils. Et c’est encore pire car cette injonction est uniquement orientée vers les femmes. Elle n’en serait pas plus saine si les hommes étaient également concernés.

    Je rêve donc d’un monde où (bon pas uniquement basé sur nos poils hein) où nos poils seraient comme nos cheveux. Qu’on les rase, les coupe, les garde, les tresse, bien que tout le monde s’en foute et que ça fasse partie éventuellement de l’expression de nos choix esthétiques.

    Perso, les aisselles, le maillot je m’en tape. J’enlève les quelques poils qui dépassent un peu du maillot de temps en temps et coupe ma touffe au ciseau car ça prend de la place ce petit tapis pileux 🙂 En revanche, les jambes, j’ai vraiment du mal à sortir avec des poils longs. Je ne suis pas gênée si je dois le faire, mais quand je mets une jolie tenue, que j’ai envie de me sentir belle, ça passe par des jambes un minima épilées. Il y a encore du boulot 🙂 `

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